Profanation de la biennale rennaise
Au mur, dans la salle du « Réveil de la jeunesse empoisonnée » de la biennale d’art contemporain de Rennes, a été tagué : «Ceux qui se sont réveillés sont le cauchemar de ceux qui dorment encore».
Par terre, a été répandu une centaine de tracts :
Art, entreprise et subversion. Voilà ce qu’on nous sert aujourd’hui à la biennale d’art contemporain de Rennes. Nous ne sommes pas dupes. Célébrer la subversion dans ce cadre ne peut être que bouffonerie, offense à toute révolte comme à la création libre. Ces oeuvres pompeuses assorties de quelques pauvres phrases, comment pourraient elles nous toucher, dès lors que l’ensemble de ce qui les entoure garantit leur insignifiance? « Le réveil de la jeunesse empoisonnée », « Le Futur Doit Être Dangeureux », chaque énoncé agit ici comme une injonction contradictoire, où simultanément est nié dans les faits ce qui est affirmé dans les oeuvres. « Ce qui vient » n’est ni plus ni moins qu’une muséification de la lutte. On saupoudre à coup de paillettes dorées et de néons sanguinolents la joyeuse célébration du mariage de l’art et de l’économie.
De l’aveu même du Sieur Bruno Caron, président de la NORAC agroalimentaire, la biennale doit « permettre la rencontre entre des pratiques artistiques et des pratiques économiques et entrepreunariales ». Le capital avance précédé d’une troupe bigarrée d’artistes. Nous n’en doutions plus. D’ailleurs, « Ce qui vient », nous le savons tous. La transformation du Couvent des Jacobins en Centre des Congrès permet d’appliquer à la lettre la «logique écoculturelle et touristicourbaine de l’aménagement de la ville de Rennes» chère à JeanYves Chapuis. On nous apprend qu’un touriste d’affaires consomme 4 à 6 fois plus qu’un touriste d’agrément » (Le Rennais, Juin 2008). On comprend mieux la déclaration de Delaveau : « Être au centre de la ville pour les congressistes est quelque chose de fondamentale » (Ouest France, 10 juillet 2010)… Mais fondamental pour qui ? On calme les fêtards du jeudi soir à coup de lacrymos, on multiplie les espaces marchands afin de rendre la place inhabitable, on deploie les brigades antiémeutes sur le territoire. Bref, on karcherise. Une véritable déclaration de guerre.
On nous parle du réveil de la jeunesse empoisonnée. Il se trouve que nous nous sommes déjà réveillés, et que nous sommes le cauchemar de ceux qui dorment encore.
S’il y a un futur dangereux, c’est pour les tenants de ce monde qu’il l’est.
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