Communiqué de la Maison de la Grève à la rue
Surgie des rencontres pendant le mouvement de grève contre la réforme des retraites, des blocages et des assemblées générales interprofessionnelles quotidiens, la Maison de la Grève a ouvert ses portes un soir d’octobre à l’issue d’une de ces d’assemblées.
Face aux refus de la mairie de nous accorder un lieu dont nous sentions la nécessité pour nous organiser et nous retrouver après les piquets, pour faire perdurer la grève, face aux refus ne serait-ce que d’un entretien, nous avons décidé d’occuper les anciens locaux de la CFDT restés vacants depuis plusieurs années. En quelques jours, ce sont de centaines de personnes qui s’y retrouvent, syndicalistes, précaires, étudiant-e-s, salarié-e-s, retraité-e-s…, avec le désir de s’approprier ce lieu de lutte, de s’organiser de manière autonome, non marchande, non hiérarchique et de maintenir un rapport de force face à des politiques sécuritaires qui détruisent peu à peu toute possibilité de lien social.
Les participant-e-s à la Maison de la Grève, issus d’horizons divers, construisaient des solidarités et nouaient des amitiés, à travers la cantine quasi quotidienne (le meilleur resto du monde!), des ateliers d’informatique, d’autodéfense, de sérigraphie, de réparation de vélos, de forge, des cours de français pour étrangers, des permanences de différentes organisations syndicales ou non, des projections, des concerts…
Les personnes qui ont participé à cette expérience ont maintenu en vie le mouvement social que le gouvernement, les grandes centrales syndicales et les médias laissaient pour mort en organisant des assemblées générales interprofessionnelles hebdomadaires, des coordinations régionales, des discussions et différentes commissions pour renforcer les liens créés pendant les blocages et les manifestations.
La mairie n’aime visiblement pas que l’on s’organise concrètement, que l’on mène une grève de façon vivace, que l’on se donne joyeusement les moyens de lutter. Ainsi, elle a sorti une surprise de son chapeau, une procédure d’expulsion exceptionnelle et sournoise: l’ordonnance sur requête, qui permet d’expulser sans prévenir. Elle prétend l’avoir fait. Elle ment.
Le jeudi 2 décembre, à six heures du matin, 90 marioles (gendarmes mobiles, police nationale, FIPN) défoncent les portes de la Maison de la Grève et tirent du lit les personnes assurant la permanence nocturne. Les occupants sont conduits au poste* sous la neige bleutée par les gyrophares tandis que la cinquantaine de personnes venue en soutien est tenue à distance par les robocops et assiste impuissante à la destruction. Car aussitôt les services de la mairie vident le bâtiment, envoyant à la déchetterie tout le mobilier, matériel de cuisine, nourriture, livres, vélos broyés dans l’heure. On récupérera le lendemain aux objets trouvés les ordis, instruments de musique, quelques vélos et autres broutilles. Mais où ont disparu le four de collectivité, le matériel de sérigraphie, le matériel de forge, les outils électroportatifs… et la caisse de grève ???
Par cette expulsion, la mairie a essayé de faire taire brutalement une voix dissidente pourtant soutenue par des syndicats, organisations, et lieux culturels mais elle nous a aussi dépouillé de cette force matérielle considérable.
Pour dénoncer cette expulsion et soutenir la Maison de la Grève, le soir même, environ 200 personnes se rassemblent place de la Mairie, et se rendent au Couvent des Jacobins dans le but de discuter des événements, au chaud, dans ce lieu symbolique de la gentrification. Mais sur le coup, toute la colère accumulée depuis le matin explose, et la belle exposition présentant les projets urbains dégueulasses de la Ville de Rennes finit à terre (de fait, quelques bouts de cartons piétinés et des affiches taguées). Ce n’était qu’une réponse modérée et bien compréhensible face aux agissements destructeurs de la mairie. Cette dernière ainsi que les médias s’acharnent pour discréditer la Maison de la Grève, à coup de déclarations mensongères.
Malgré ces attaques la Maison de la Grève continuera d’exister pour traduire en actes et en paroles la contestation sociale.
* Les conditions d’hygiène et de sécurité du commissariat de la Tour d’Auvergne sont bien en-deçà de celles de la Maison de la Grève.
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