Imaginez quelqu’un qui, par souci maladif de définir qui il est, finirait par se confondre avec ses papiers d’identité. Sans que l’on puisse dire si cela prend plusieurs années ou un seul instant, son visage se fige dans une photographie normalisée où il n’a pas le droit de sourire, son histoire se réduit à quelques renseignements administratifs et à un numéro d’identification, le tout sous visa préfectoral. Et bien cet être aplati et plastifié pourrait se targuer d’avoir vraiment éprouvé ce que c’est que l’identité :
Un peu partout en France, des caisses de solidarité se montent pour agir contre la police et sa justice d’abattage, et la démarche n’est pas purement défensive.
Effet de «la crise» ou signe d’une montée des tensions, il semble que la répression se démocratise : les facs en mouvement sont assiégées et attaquées par les CRS comme peuvent l’être les banlieues, de sages citoyens finissent à poil en gardav’ pour une simple infraction au code de la route ou un échange un peu vif avec les forces de l’ordre. Et dans l’expérience de la répression, on se retrouve, un commun se dessine.
« Approchez messieurs. Pour rébellion – vous avez résisté à l’interpellation avec violence – vous vous acquitterez de l’amende de 500 € pour Monsieur Alan Haye et de 750 € pour Monsieur Jonathan Guillaume.
Si vous payez dans un délai de 30 jours, vous aurez droit à une réduction de 20 % ». Ainsi s’exprima le juge à 14 heures 10 ce 1er mars 2010.
Ce manuel est à mettre entre toutes les mains, tant il est vrai que la garde à vue fait partie de la culture policière française.
Son but est de donner corps à une généralisation du silence, à l’extension la plus universelle possible du sabotage du travail policier.
« Coupable » ou pas, là n’est pas la question: la mise à l’amende et l’enfermement, nous ne les souhaitons à personne.
Ce qui est là est inachevé, comme une histoire inscrite dans les murs, celle des vaincus. Une histoire dont les traces fraîchement effacées nous appellent. Au coin d’une rue, dans une cour intérieure, quelques fissures laissent entrevoir ce qui se cache derrière la lourde couche de béton produite par l’époque.
Nous en sommes là, à chercher les traces de ce que nos anciens ont tenté de nous transmettre et que nos aînés n’ont pas su préserver de ce béton.
Réunion publique le mardi 16 mars 18 h à la cantine populaire, 244 rue de Nantes à Rennes, en vue de la création d’un collectif unitaire